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Comment réduire l'angoisse des dirigeants et embarquer les équipes ?

Focustribes

La transformation réussit quand l'humain passe en premier. Pourtant, 70 % des programmes échouent — non par manque de stratégie, mais parce que le facteur humain est systématiquement mis de côté. Dans cette édition du TransfoLab, une Directrice Transformation & Change d'AXA et une responsable HR Business Transformation de Parfums Christian Dior livrent leurs réponses concrètes : comment structurer le change à grande échelle, réimpliquer les RH dans les projets, et accompagner ceux qui portent les transformations quand personne ne les accompagne, eux.

 

70 % des transformations échouent non pas à cause de la stratégie, mais parce que le facteur humain est négligé — la conduite du changement reste la première variable d'ajustement des budgets projet.

AXA a construit un réseau décentralisé de change ambassadeurs dans 9 divisions et 12 pays, adossé à la méthode ADKAR, pour passer d'un change ponctuel et réactif à une capacité organisationnelle permanente.

Parfums Christian Dior (LVMH) a fait le pari de remettre les RH au cœur des transformations : un poste hybride HR × Business Transformation, une implication aux moments clés et un coaching individuel des directeurs de programme.

Le vrai obstacle à l'adoption n'est pas la résistance des équipes — c'est celle du middle management, même quand la direction est pleinement convaincue.

Le directeur de programme est un rôle exposé, sous tension, qui doute : il a besoin d'un accompagnement spécifique — sur les sponsors, le changement, l'équipe projet, et la question de l'après.

Quatre-vingt-dix pour cent des dirigeants disent que la transformation est leur priorité. Soixante-dix pour cent de ces transformations échouent. Ce n'est pas un paradoxe : c'est un problème d'exécution humaine. La stratégie est rarement en cause. C'est le facteur humain — négligé, sous-budgété, traité en variable d'ajustement — qui fait basculer les projets.

Le 30 juin 2026, FocusTribes réunissait pour son TransfoLab #4 deux entreprises aux cultures radicalement différentes — AXA, le n°2 mondial de l'assurance, et Parfums Christian Dior, maison de couture et de parfums du groupe LVMH — autour d'une même conviction : la transformation réussit quand l'humain passe en premier.

Deux retours d'expérience complémentaires, deux angles distincts. AXA sur la structuration de la conduite du changement à grande échelle — comment faire du change une capacité permanente dans une organisation de 147 000 collaborateurs répartis dans 94 pays. Parfums Christian Dior sur le rôle des RH dans les transformations — comment réimpliquer une fonction trop souvent cantonnée à l'administratif au cœur des projets qui reconfigurent l'entreprise.

Cet article synthétise les enseignements de cette soirée. Il fait suite aux précédentes sessions du TransfoLab : gouvernance et transformation chez Ubisoft et Coty et intégration de l'IA dans les grandes entreprises chez PepsiCo et L'Oréal.


I- Le facteur humain, angle mort des transformations

Les transformations n'échouent pas parce que la stratégie est mauvaise — elles échouent parce que l'humain passe en variable d'ajustement. Les chiffres Prosci 2023 en donnent la mesure exacte.

Les deux intervenantes ont posé le même diagnostic de départ, données à l'appui. Selon les études Prosci 2023, référence mondiale de la conduite du changement, 70 % des transformations échouent — rarement à cause de la stratégie, presque toujours parce que le facteur humain a été mis de côté. Dans le même temps, 53 % des collaborateurs déclarent être fatigués par des transformations trop rapprochées (PwC), et 71 % disent qu'ils n'en peuvent plus de changer en permanence.

Les conséquences sont mesurables : désengagement, turnover, adoption superficielle. Les projets sont déployés techniquement mais pas adoptés opérationnellement. L'outil coûteux est délaissé. Les résultats attendus ne sont pas atteints. La frustration s'installe des deux côtés.

Pourtant, les leviers existent. Prosci mesure 73 % de réussite lorsque le sponsorship exécutif est actif et réellement engagé. Et quand la conduite du changement est combinée à la gestion de projet, le taux de réussite atteint 88 % — soit 7 fois plus que sans accompagnement (13 %).

« On ne peut pas le contourner aujourd'hui : le change management est un levier stratégique dans l'entreprise. Ce n'est pas ce qu'on peut se permettre de ne pas faire. » — Notre intervenante AXA

 

 

II- AXA : faire du changement une capacité organisationnelle permanente

Dans un groupe de 147 000 collaborateurs répartis dans 94 pays, AXA a construit une réponse structurée : un trio de rôles incontournable, la méthode ADKAR comme langue commune, et un réseau décentralisé de change ambassadeurs qui rend le changement proactif plutôt que réactif.

Le trio incontournable : Sponsor, Transformation Manager, Change Manager

La première brique du dispositif AXA repose sur un principe simple mais rarement appliqué avec rigueur : chaque programme de transformation est systématiquement doté de trois rôles distincts et complémentaires.

Le Sponsor porte la vision et arbitre. Sans sponsor réellement engagé, le programme n'aboutit pas — le sponsorship actif fait passer le taux de réussite à 73 %. Le Transformation Manager pilote le projet : planning, ressources, budget, livrables, périmètre. C'est la rigueur d'exécution qui tient la trajectoire. Le Change Manager évalue les impacts sur l'organisation, les processus et les compétences, les risques et les besoins d'accompagnement. C'est le garant de l'adoption réelle.

« La combinaison des trois — jamais l'un sans les autres — fait la transformation dans l'organisation. » — Directrice Transformation & Change

La distinction entre les deux derniers rôles est souvent floue. Chez AXA, elle est explicite : le Transformation Manager gère le projet, le Change Manager gère les impacts humains du projet. Ce sont deux métiers complémentaires, pas interchangeables.

La méthode ADKAR : une langue commune pour tout le réseau

Pour outiller l'ensemble du dispositif, AXA a adopté la méthode ADKAR de Prosci, qui structure les cinq étapes que traverse chaque individu face au changement. Awareness — comprendre pourquoi le changement est nécessaire. Desire — vouloir s'y engager. Knowledge — acquérir les savoirs pour changer. Ability — transformer le savoir en savoir-faire réel. Reinforcement — consolider pour que le changement tienne dans la durée.

L'intérêt de cette méthode commune : elle crée un référentiel partagé entre tous les acteurs du changement, des change managers centraux aux ambassadeurs locaux. Chacun parle le même langage pour diagnostiquer les résistances et proposer des réponses adaptées.

Du change ponctuel au réseau décentralisé d'ambassadeurs

Le dispositif initial — un change manager central affecté à chaque programme — a montré ses limites. Les résistances n'étaient détectées qu'au moment du go-live. À la fin du programme, les compétences acquises ne capitalisaient pas. Chaque nouvelle transformation repartait de zéro.

La réponse : construire un réseau décentralisé de change ambassadeurs implantés dans les 9 divisions fonctionnelles et les 12 pays. Ces volontaires (environ 10 % de leur temps), formés à la méthode ADKAR, cartographient les résistances locales avant le déploiement et portent les messages dans les deux sens — top-down depuis la direction, bottom-up depuis les équipes.

« Il faut que les acteurs deviennent porteurs du changement — non qu'ils le subissent. » — Directrice Transformation & Change

Le cas du retour au bureau l'illustre concrètement : avant le déploiement de la nouvelle politique de télétravail, les ambassadeurs ont cartographié par pays les types de résistances spécifiques — différentes en Allemagne, au Royaume-Uni, en Espagne. Ces signaux ont permis d'adapter la communication et les plans d'action avant que les résistances n'éclatent.

Le virage en trois temps : Ponctuel → Permanent (le change s'ancre dans les rôles, pas dans les projets). Réactif → Proactif (résistances cartographiées avant le go-live). Repart de zéro → Cumulatif (le réseau grossit et capitalise à chaque transformation).

Le vrai obstacle : le middle management, pas les équipes

Un enseignement contre-intuitif de ce retour d'expérience : dans les organisations matures sur le change, la résistance ne vient plus des équipes terrain. Elle vient du middle management.

« Aujourd'hui, je ne suis pas confrontée à la résistance des employés. Je suis confrontée à la résistance du middle management — même quand le patron de l'entité est convaincu et dit 'c'est génial'. » — Directrice Transformation & Change

La raison est structurelle : dans un contexte de réduction des ressources et de multiplication des priorités, le middle management est pris en étau entre des injonctions contradictoires. La réponse la plus efficace : inscrire la participation aux transformations dans les objectifs et l'évaluation des managers. Sans cet ancrage dans les mécanismes formels de reconnaissance, même le meilleur dispositif de change se heurte à un mur d'indisponibilité polie.

III- Parfums Christian Dior : remettre les RH au coeur de la transformation

Dans une maison de luxe qui mène plusieurs transformations en parallèle, Dior a fait un pari : réimpliquer les RH dans les projets, officialiser un poste hybride dédié, et coacher les directeurs de programme sur les dimensions humaines que leurs équipes projet ne couvrent pas.

Les 4 challenges « people » qu'aucune transformation ne peut ignorer

Notre intervenante Dior a ouvert son intervention par une cartographie des quatre problèmes structurels auxquels tout directeur de programme est confronté.

1. La multiplicité des transformations. Un même métier subit plusieurs plans de changement en parallèle, rarement coordonnés. La vision individuelle — comment ce changement s'articule avec les autres sur mon périmètre — est souvent invisible depuis le projet.

2. Les frontières du projet. Le projet gère la communication et la formation, puis s'arrête au go-live. Le management intermédiaire et les RH restent trop peu impliqués. Résultat : l'adoption ne suit pas.

3. Les appétences et la carrière. Une transformation longue équivaut à la durée d'un poste (trois à cinq ans). Elle fait émerger des doutes, des questions de compétences et des souhaits de mobilité qui ne trouvent pas d'interlocuteur dans l'équipe projet.

4. Le care après l'hypercare. Quand les ressources projet s'arrêtent, l'adoption n'est pas toujours là. L'outil est délaissé, les résultats attendus ne sont pas atteints, la frustration s'installe. La phase post-go-live est structurellement orpheline.

« Après l'hypercare, il y a le care : accompagner l'humain bien au-delà du go-live, pour que la transformation prenne vraiment. » — Responsable HR Business Transformation

Les 3 paris RH pris chez Parfums Christian Dior

Pari 1 — Réimpliquer les RH aux moments clés. Les RH sont intégrés aux kick-offs des projets, aux analyses d'impact (via la grille ADKAR), à la phase de déploiement terrain et à la phase post-hypercare : débrief d'impact sur les populations, plan d'accompagnement RH si les effectifs ou compétences sont touchés, révision des fiches de poste si nécessaire, dispositif d'écoute et plan d'action correctif en hypercare, partage du retour d'expérience pour les prochaines transformations.

Pari 2 — Officialiser un poste hybride HR × Business Transformation. Basé à la DRH pour la légitimité institutionnelle, certifié Prosci et parlant le langage des projets, ce rôle assure la médiation entre les métiers, les équipes projet et la fonction RH. Il inclut une mission de « SAV » post-live : auditer les transformations qui ont mal pris, identifier les causes, proposer des plans correctifs.

« On veut des gens hybrides, qui savent transformer le concret du métier et qui s'intéressent aux humains. » — Responsable HR Business Transformation

Pari 3 — Coacher les directeurs de programme. Les directeurs de programme sont rarement des experts du changement — ils sont nommés pour leur expertise métier ou projet. Le coaching individuel leur apporte ce que le projet ne couvre pas : cartographier leurs alliés, préparer leurs interventions en COMEX, gérer les tensions dans l'équipe, traiter le « psychological ownership » et anticiper la question de l'après.

Derrière chaque projet, il y a d'abord un défi de transformation organisationnelle et humaine.

Aligner les fonctions, structurer la gouvernance, embarquer les équipes : c'est là que se joue la réussite.

Les consultants FocusTribes accompagnent les directions dans ces programmes de transformation digitale ou autre complexes.

 

IV- Accompagner celui qui porte la transformation

Le directeur de programme est un rôle exposé, sous tension permanente, qui doute et qui doit tenir le cap. Il a besoin d'un accompagnement spécifique — distinct de celui des équipes — sur quatre dimensions que son rôle lui impose mais pour lesquelles il n'a souvent pas été préparé.

Quatre challenges spécifiques au directeur de programme

Animer une multiplicité de sponsors dont les intérêts peuvent être divergents. Comment obtenir la convergence ? Comment maintenir une vision hélicoptère quand on est plongé dans l'opérationnel ? La réponse passe par un pré-positionnement systématique avant chaque grande décision, la cartographie des alliés et la construction d'une coalition de sponsors.

Conduire le changement sans en être expert. La plupart des directeurs de programme sont nommés pour leur expertise métier ou projet — pas pour leur maîtrise de la conduite du changement. Ils ont besoin d'un kit du praticien (comprendre le changement, mesurer l'impact, définir une stratégie, exécuter, renforcer) et d'un réseau de change agents certifiés sur lesquels s'appuyer.

Garder les équipes projet mobilisées sur plusieurs années. Une transformation longue génère fatigue, démotivation et questionnements de carrière. Mesurer l'engagement régulièrement (enquêtes ADKAR, sondages d'adhésion type Net Promoter Score (NPS)adapté au projet, temperature checks), accompagner individuellement et détecter les risques psychosociaux sont des leviers que le projet seul ne peut pas activer.

Imaginer le prochain pas de sa carrière. Une transformation de trois à cinq ans consume une grande partie d'un parcours professionnel. La question de l'après — quelles compétences ai-je acquises, lesquelles sont transférables, qu'est-ce que je veux faire ensuite — est souvent refoulée jusqu'au débranchement. L'IKIGAI du directeur de programme, les trois soifs (stimuli, reconnaissance, structure) et les douze compétences transférables identifiées chez Dior offrent un cadre de réflexion pour anticiper cette transition.

« Derrière chaque transformation, un métier profondément humain — qui doute, qui s'expose, et qui doit tenir le cap. » — Cahier TransfoLab #4, FocusTribes

Ce que cela implique pour les consultants freelances

Pour les consultants indépendants qui accompagnent des programmes de transformation, ces enseignements ont une dimension concrète. La capacité à articuler change management et gestion de projet, à coacher les sponsors et à tenir compte de la dimension RH n'est plus un « plus » — c'est un différenciateur compétitif. Les organisations qui structurent leur change comme AXA ou Dior cherchent des profils hybrides, capables de comprendre le métier et les humains qui le font vivre. FocusTribes accompagne précisément ces profils au sein de sa communauté d'experts en conduite du changement et transformation.

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pour accompagner les entreprises dans leurs projets de transformation.

 

V- FAQ - Conduite du changement et transformation organisationnelle

Cinq questions fréquentes des dirigeants et des consultants sur la conduite du changement, la méthode ADKAR et l'implication des RH dans les grandes transformations.

Pourquoi 70 % des transformations échouent-elles ?

Selon les études Prosci 2023, les transformations échouent rarement à cause de la stratégie — presque toujours parce que le facteur humain est négligé. Le change reste la première variable d'ajustement des budgets projet, traité comme une dépense optionnelle plutôt que comme un levier stratégique. Or un change management excellent multiplie par 7 les chances d'atteindre les objectifs de transformation (taux de réussite de 88 % contre 13 % sans accompagnement).

Qu'est-ce que la méthode ADKAR et comment l'appliquer en entreprise ?

ADKAR est le modèle de conduite du changement développé par Prosci. Il décrit les cinq étapes que traverse chaque individu face au changement : Awareness (comprendre pourquoi), Desire (vouloir s'engager), Knowledge (acquérir les savoirs), Ability (transformer le savoir en savoir-faire réel), et Reinforcement (consolider pour que le changement tienne). Son intérêt opérationnel : il permet de diagnostiquer précisément à quelle étape se situe le blocage d'une personne ou d'une équipe, et d'adapter l'accompagnement en conséquence. AXA l'utilise comme langue commune pour l'ensemble de son réseau de change ambassadeurs.

Comment structurer une conduite du changement dans une grande organisation multi-pays ?

L'approche AXA repose sur trois piliers. Un trio de rôles incontournable — Sponsor, Transformation Manager, Change Manager — dont la combinaison fait passer le taux de réussite à 73 %. Un réseau décentralisé d'ambassadeurs du changement dans chaque division et chaque pays, permettant une communication circulaire top-down et bottom-up et une cartographie proactive des résistances avant le déploiement. Et une méthode commune (ADKAR) qui permet à chaque nouvelle transformation de partir d'un niveau de maturité plus élevé que la précédente.

Quel est le rôle des RH dans une transformation digitale ou organisationnelle ?

Trop souvent cantonnées à un rôle administratif limité à la communication et à la formation, les RH ont un rôle stratégique à jouer dans les transformations. Chez Parfums Christian Dior, trois paris ont été pris : réimpliquer les RH aux moments clés du projet (kick-off, analyse d'impact, hypercare, care post-live), créer un poste hybride HR × Business Transformation certifié Prosci avec une mission de suivi post-live, et coacher les directeurs de programme sur les dimensions humaines et de carrière que l'équipe projet ne couvre pas.

Comment embarquer le middle management dans une transformation ?

Le middle management est souvent le principal obstacle à l'adoption, même quand la direction générale est convaincue. Deux leviers sont déterminants : inscrire la participation aux transformations dans les objectifs et l'évaluation des managers concernés, et s'assurer que le sponsor exécutif arbitre clairement en cas de conflit de priorités. La cartographie proactive des résistances par entité ou par pays, réalisée avant le déploiement avec l'aide des change ambassadeurs, permet également d'anticiper les points de friction locaux et d'adapter le plan d'accompagnement avant le go-live.

 

Deux entreprises, deux cultures, deux échelles — mais une même conviction : la transformation réussit quand l'humain passe en premier.

AXA l'a traduit en architecture organisationnelle : un trio de rôles, une méthode commune, un réseau décentralisé d'ambassadeurs qui rend le change proactif, permanent et cumulatif. Parfums Christian Dior l'a traduit en pari RH : réimpliquer une fonction trop longtemps administrative, créer un profil hybride pour faire la médiation entre les métiers, et accompagner individuellement ceux qui portent les transformations.

Ce que ces deux retours d'expérience révèlent au fond, c'est que la maturité d'une organisation en matière de transformation se mesure moins à la qualité de sa stratégie qu'à sa capacité à embarquer les gens — vraiment, durablement, en les traitant comme des acteurs et non comme des variables d'ajustement.